Définition de la BD - Chapitre 3 (sur 5)

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lokorst
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Définition de la BD - Chapitre 3 (sur 5)

#1 Messagepar lokorst » Lun Juin 26, 2006 17:28

Le Strip et la Planche

Une des organisations classiques dans une planche de bande dessinée, est le strip, une bande de plusieurs images de hauteur semblable. Ces strips se superposent ensuite sur la hauteur de la planche. Mais cet arrangement régulier à travers « l’hypercadre » (la bordure de la planche qui forme le cadre extrême) n’est pas systématique et caractérise principalement la bande dessinée classique. Dans la bande dessinée moderne, les libertés prises quant à l’agencement des vignettes, sont très variées. Dans le manga et le comics notamment, il est courant qu’une portion de la planche soit, par exemple, laissée libre et ne contienne pas de vignette. Les cases peuvent parfois même donner l’impression de se superposer comme c’est le cas sur la planche de Frank Miller : les deux strips centraux semblent posés sur le reste de la planche (on pourrait même croire qu’ils cachent une partie de l’image des autres cases, même si, vraisemblablement, Frank Miller a disposé les cadres avant de dessiner leur contenu et que par conséquent, la surface « recouverte » par ces deux strips ne contient rien). Toutes ces différences de cadres s’associent dans ce que Groensteen nomme le « multicadre », et introduisent l’idée que le langage de la bande dessinée ne peut être appréhendé qu’en tant que système :

« La bande dessinée est (...) une combinatoire originale d’une (ou deux, avec l’écrit) matière(s) de l’expression, et d’un ensemble de codes. C’est la raison pour laquelle on ne peut la décrire qu’en termes de système. » (1)

L’agencement des strips dans la composition d’une planche n’est pas anodin dans la structure du récit, ce qui la différencie d’une ligne d’un livre. En effet, le passage d’une ligne à l’autre en littérature n’est pas porteur de sens (à l’inverse de la poésie). En bande dessinée, il faut toujours garder à l’idée que la planche, voire la double planche (les deux pages qui se font face), sont perçues dans leur ensemble par l’œil, et même si le lecteur focalise sur les cases dans leur sens de lecture, il en perçoit la composition générale. Ce sont les paramètres spatio-topiques (qui réglementent la forme, la superficie et l’emplacement des cases) qui jouent ici un rôle primordial dans la structure narrative. La forme et le choix dans la composition des bandes sont alors importants, tant au niveau esthétique, qu’au niveau de la création de sens. C’est d’ailleurs en partie ce point qui fait dire à Groensteen que l’image bande dessinée est une image-espace :

« Toute image dessinée s’incarne, existe, se déploie dans un espace. L’image fixe, contrairement à l’image mouvante du cinéma (...) ne connaît que cette dimension-là. Mettre en relation des vignettes de bande dessinée, c’est donc, nécessairement, mettre en relation des espaces, opérer un partage de l’espace. » (2)

Cette organisation spatiale influe énormément sur l’énonciation des récits en bande dessinée. Ainsi, l’un des exemples les plus caractéristiques concerne la structure des doubles planches, ces deux pages qui, côte à côte, forment une même unité. Il est fréquent, en effet, lors du découpage des séquences, pour ménager un effet de surprise, de placer en fin des doubles pages, à la dernière case en bas à droite, une situation de suspens qui invite à tourner la page. Cette habitude permet au lecteur, qui malgré lui ne peut que voir la planche dans son ensemble, de ne pas avoir trop rapidement la réponse à son attente. Dans le cas de la planche de Batman – Dark Knight, qui est la première de la double planche, le justicier se trouve toujours tourné vers la gauche, tournant le dos au sens de lecture, hormis à la quatrième case où il fait face au lecteur et dans les deux dernières cases. Ce qui a pour effet de ralentir la lecture et d’installer le lecteur dans la planche, puis, avec la dernière case, et la course de Batman vers la droite, de précipiter le lecteur sur la planche suivante (3). Mais la composition des planches permet également des expérimentations, certains albums n’utilisant par exemple qu’une forme et une taille unique de case (4).

(1) Thierry Groensteen, Système de la bande dessinée, 1999, P.U.F., collections Formes Sémiotiques, p.7.
(2) Ibid, p.25-26.
(3) Il est à noter que la planche qui fait face à celle-ci et de dominante blanche et a pour protagoniste le Joker, ennemi juré de Batman. La double planche oppose alors les personnages dans un contraste de couleur.
(4) Voir par exemple les planches inédites de Mister « i » de Lewis Trondheim (2002) dans Beaux-arts Magazine, hors série n°4, Qu’est ce que la BD ? aujourd’hui, février 2003.
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