Définition de la BD - Chapitre 5 (sur 5)

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lokorst
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Définition de la BD - Chapitre 5 (sur 5)

#1 Messagepar lokorst » Ven Juil 14, 2006 12:49


Le Texte


La bande dessinée est aussi le lieu de la « bulle » (autrement appelée phylactère). Cette dernière est, avec le cartouche (des bandes de texte principalement narratifs, en de nombreux points semblables à la voix off du cinéma), le lieu principal de l’incrustation du texte sur les images. La bulle s’apparente à un cadre dans le cadre, il délimite le changement de matière de l’expression, le passage du graphique à l’iconique. Mais la bulle reste subordonnée à la vignette, celle-ci pouvant se passer de la première (la réciproque n’étant pas possible). La bulle a, en outre, un effet de régression de l’image figurative, elle apparaît dans une image mais est l’abstraction d’une réalité (la voix humaine) :

« (...) [I]l est légitime d’affirmer que la cohabitation du dessin et de la bulle génère une tension, puisque l’espace à trois dimensions construit par le dessinateur se trouve contredit par la présence en son sein de cette pièce rapportée, étrangère à l’illusion représentative. » (1)

Mais la bulle a en contrepartie de cette « défigurativisation » de l’image, de nombreux attributs qui participent à la création du récit. Outre l’évident intérêt de pouvoir faire parler les personnages, la bulle, comme la case, par sa forme et son emplacement, joue un rôle dans la construction du sens de lecture, puisque, contrairement à des détails iconographiques, elle apparaît comme le passage obligé du regard du lecteur qui veut suivre le récit. Ainsi, l’auteur, par la disposition des bulles peut guider le regard du lecteur à travers la planche. Dans la planche de Miller, le regard est, par exemple, attiré dans la troisième case par la bulle inférieure (« pppitié ! »), le lecteur parcourt alors la case de haut en bas et survolera le visage de Batman et la boîte de pilules. Il en va de même à la cinquième et à la sixième case où les bulles encadrent l’indice de la pièce de monnaie. A noter également l’utilisation par Frank Miller de la décomposition d’une « réplique » en chapelet de plusieurs bulles (c’est notamment le cas de Batman et du policier de droite dans la première case). Décomposition qui a pour principal effet de rythmer le dialogue et donne à l’auteur un autre procédé pour temporaliser sa planche. De même, une bulle, par sa forme et son ornementation, ainsi que par le lettrage du texte, permet de donner aux dialogues de l’expressivité (colère, dégoût...).
La bande dessinée, ou 9ème art, fonctionne avec des « outils » narratifs qui, de la multiplicité des cadres aux phylactères, lui sont propres. De la multiplicité de ces particularismes (notamment l’importance de la mise en espace des images), il ne peut résulter qu’une forme particulière de narration.

(1) Thierry Groensteen, Système de la bande dessinée, 1999, P.U.F., collections Formes Sémiotiques, p.82.
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